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L'esprit des Béatitudes

les-septs-dormants« Le choix des moines de Tibhirine de servir le « Dieu désarmé » plutôt que le « Dieu des armées » était et demeure une provocation pour tous ceux qui croient au pouvoir des armes » (Henry Quinson ).

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  • Les moines de Tibhirine exilés de France en Algérie vécurent, selon les critères d'un texte chrétien très ancien, l'Homélie de Cambrai, concernant le Monachisme irlandais du VIIe siècle, trois types de martyres : l'exil, le travail et l'ascèse quotidienne, et le martyre du sang  .
  • Le chiffre sept rappelle le chiffre des Sept-Fontaines, Sept Dormants d'Éphèse, lieu de pèlerinage islamo-musulman breton des Sept-Saints (Sept Dormants : sourate 18 du Coran). De nombreuses icônes orthodoxes représentent également les sept dormants d'Ephèse. Un oratorio composé par Dominique Joubert, « Les Sept Dormants », est dédié aux moines de Tibhirine. Il inscrit le récit de leur vie et de leur fin tragique dans la culture contemporaine  .Un spectacle fut aussi écrit par Dominique Davin : Tibhirine, de l'Amour dans l'air (Compagnie de la Licorne de Brume)  .
  • On trouve dans la vie des moines de l'Atlas une totale cohérence entre leurs écrits, leur foi, leur vie et leur mort. Une doctrine évangélique: Face à des siècles de violence, il y a dans les comptes-rendus des Chapitres de Tibhirine des 2, 3 et 5 mars 1988, le commentaire de la règle de saint Benoît, 4.29, et le commentaire des préceptes évangéliques de l'Amour des ennemis (« Ne pas rendre le mal pour le mal » ; « A qui te frappe sur une jour, tend l'autre » ; « Inimicos diligere, aimer nos ennemis »), résumés dans l'affirmation de l'esprit des béatitudes  : « Heureux les doux, les pacifiques, les artisans de Paix ... ». L'esprit de non violence est déjà affirmé dans l'Ancien Testament : Proverbe. 20; 22 :«  Ne dis pas : je rendrais le mal qu'on m'a fait, Espère plutôt dans le Seigneur, il te sauvera » , repris par le précepte « A qui te frappe sur une joue , tend l'autre » (Luc , 6:29 et Mt 5:38).
  • C'est dans cet esprit de pardon que le prieur du Monastère, Christian de Chergé, avait rédigé un Testament spirituel, en 1993, quatorze ans après la création du groupe Ribât-el-Salâm : « J’aimerais, le moment venu, avoir ce laps de lucidité qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu et celui de mes frères en humanité, en même temps que de pardonner de tout coeur à qui m’aurait atteint »

Le pardon du Père de Chergé correspond aussi aux plus grandes et plus anciennes exigences du christianisme : « Ainsi tu accorderas les mêmes bienfaits, les mêmes honneurs à l'infidèle, à l'assassin, d'autant plus que lui aussi est un frère pour toi, puisqu'il participe à l'unique nature humaine. Voici, mon fils, un commandement que je te donne : que la miséricorde l'emporte toujours dans ta balance, jusqu'au moment où tu sentiras en toi la miséricorde que Dieu éprouve envers le monde.» (Isaac le Syrien, VIIe siècle).

  • Trois semaines avant son enlèvement, lors d'une retraite, le Christian de Chergé avait laissé cette consigne : «  Ne pas tuer soi-même, le temps (les délais de Dieu), la confiance, la mort (banalisation), le pays, l’autre, l’Église. Les cinq piliers de la Paix : patience, pauvreté, présence, prière, pardon»    .