L'enlèvement et la mort des moines

Premières alertes

Le 14 décembre 1993, 12 ouvriers chrétiens, d'origine croate, sont égorgés à quelques kilomètres du monastère. Les auteurs ont séparé musulmans et chrétiens, pour ne tuer que ces derniers. Trois chrétiens en réchappent toutefois grâce à la solidarité d'un ouvrier musulman. Les moines en témoigneront dans une lettre écrite au journal La Croix le 22 janvier 1994, qui sera publiée le 24 février de la même année.

Le 24 décembre 1993, un groupe armé du GIA fait irruption dans le monastère. Il est dirigé par l'émir Sayyat Attiya, qui exige l'impôt révolutionnaire pour sa cause et veut emmener le médecin de la communauté, frère Luc. Christian de Chergé, prieur du monastère refuse, tout en rappelant que frère Luc reste disponible pour tous les malades qui viendront au monastère. L'émir repart alors sans leur faire de mal[3].

L'enlèvement

Dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, à 1 h 15 du matin, un groupe d'une vingtaine d'individus se présente aux portes du monastère. Ils pénètrent de force à l'intérieur et vont vers le cloître où ils enlèvent sept moines. Deux membres de la communauté, frère Jean-Pierre et frère Amédée, qui dormaient dans une autre partie du monastère, échappent aux ravisseurs[3],[7]. Aujourd'hui encore, l'identité exacte des personnes ayant enlevé les moines reste incertaine.

Les négociations

Pendant plusieurs jours, on n'a pas de nouvelles officielles des moines. Entre le 18 et le 27 avril, un communiqué n° 43 attribué au Groupe Islamique Armé assure que les moines sont toujours vivants. Il propose un échange de prisonniers et se termine par cette phrase : « Si vous libérez, nous libérerons... ».

Le 30 avril, un envoyé des ravisseurs, nommé Abdullah, se présente au consulat de France à Alger, et livre un message de Djamel Zitouni et une cassette audio sur laquelle on entend les voix, reconnaissables, des sept moines. Dans cet enregistrement datant du 20 avril, Christian de Chergé dit notamment : « Dans la nuit du jeudi au vendredi, les moudjahiddin nous ont lu le bulletin de la Jamaa Islamiyya Moussalaha dans lequel il est demandé au gouvernement français de libérer un certain nombre d’otages appartenant à ce groupe en échange de notre libération, cet échange semblant être une condition absolue ». Une fois parti, cet émissaire ne reprendra plus contact avec les autorités.

En France, l'enquête est menée par la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) et par la Direction de la surveillance du territoire (DST). Il semble que la rivalité entre ces deux services ait été préjudiciable aux négociations. Parallèlement, Jean-Charles Marchiani, ex-préfet du Var tente lui aussi de faire libérer les otages. Mais ses négociations séparées auraient été désavouées par Alain Juppé, alors premier ministre.

La mort des moines

Le 21 mai, le communiqué n°44 attribué au GIA annonce : « Nous avons tranché la gorge des sept moines, conformément à nos promesses. ».

L'annonce du massacre suscite une très forte émotion en France. Le 28 mai 1996, 10.000 personnes se rassemblent sur le parvis des droits de l'homme du Trocadéro pour rendre un dernier hommage aux moines assassinés.

Le 30 mai, le gouvernement algérien annonce la découverte des dépouilles des moines, près de Médé.  Le père Armand Veilleux, procureur général de l'ordre cistercien, auquel les moines appartenaient, se rend en Algérie et demande à voir les corps. Il essuie d'abord un refus de l'ambassade de France, puis est informé que seules les têtes ont, en réalité, été retrouvées. Par la suite, aucune autopsie officielle ne sera mentionnée par les autorités algériennes. L'identité des moines a toutefois pu être établie le 31 mai, à la morgue de l’hôpital militaire d’Ain Nadja où Michel Lévêque, ambassadeur de France s'est rendu accompagné, entre autres, d'un médecin de la gendarmerie, de Mgr Henri Teissier, archevêque d’Alger, du père Armand Veilleux, procureur général des cisterciens de la stricte observance (trappistes), et du père Amédée, un des deux moines ayant échappé à l'enlèvement.

Les obsèques ont lieu à la Basilique Notre-Dame d'Afrique à Alger, le 2 juin 1996. Ils sont enterrés au monastère de Tibhirine, deux jours plus tard.

Entre le printemps 1994 et l'été 1996, dix-neufs prêtres et religieux catholiques ont été assassinés en Algérie. Parmi eux, les moines de Tibhirine et Mgr Pierre Claverie, évêque d'Oran, tué le 1er août 1996.