Une message

Quand on se met loyalement à l’écoute d’un autre peuple en prière, on découvre que les attitudes et les mots les plus simples de l’expression spirituelle ignorent les frontières des religions. Cela va se traduire par un lien profond dans la prière avec les autres hommes et les autres croyants. Je sais là une communion qui dépasse les frontières

« En quoi consiste l’esprit de Tibhirine, dans sa relation avec l’Islam et avec son environnement humain en général ? Il est d’abord une présence fraternelle. Il suppose d’être vrai dans notre consécration à Dieu, communautairement et individuellement. Cela conditionne tout le reste. Il ne servirait à rien d’entamer le dialogue avec l’autre, différent, si notre propre vie monastique n’était pas déjà perpétuellement tournée vers la recherche de cette harmonie entre frères de sa communauté.

 

C’est alors que peut commencer la connaissance de l’âme de l’Islam, ainsi que l’a vécue notre père Christian de Chergé. Il devient ensuite possible de cheminer avec les musulmans dans une réelle proximité. Cette émulation mutuelle doit encourager l’autre à se laisser épanouir dans la lumière divine qui déjà l’habite et qui le travaille à l’intime. Ensemble, nous sommes plus forts pour creuser le puits en quête de l’eau vive dont tout homme en secret, a soif. Un tel idéal de symbiose entre êtres différents pour réaliser une communauté humaine et fraternelle unie dans le respect des différences, peut devenir un ferment contagieux, une vivante icône du Royaume de Dieu ; Voilà notre espérance… De la qualité de cette relation entre chrétiens et musulmans, dépendra sans doute la paix dans nos sociétés actuelles…. S’il faut être fort, c’est dans le dialogue, avec la volonté de découvrir ce qui est beau dans notre prochain, pour provoquer, en réciproque, sa curiosité. C’est un travail exigeant. »

L’esprit de Tibhirine, p 195-196 et 182 (Jean-Pierre Schumacher, Nicolas Ballet)