Vie quotidienne et spiritualité

b_150_100_16777215_00_images_stories_articles_St._Benedict_delivering_his_rule_to_the_monks_of_his_order.jpgLa règle de saint Benoît

La vie des moines cisterciens de la Trappe Notre-Dame-de-l'Atlas est réglée par la règle de saint Benoît. La lecture de cette règle est quotidienne car, pour un moine, elle traduit le véritable esprit de l'Évangile. La devise « Ora et Labora » (prie et travaille) est ainsi vécue chaque jour avec fidélité.

 

La Prière

La prière s'exprime dans les Heures monastiques de l'Office divin : de jour comme de nuit, les moines chantent des psaumes, des hymnes et des antiennes. Le matin, Matines, et Laudes, le soir, Vêpres, et Complies sont les principaux offices. Ensuite la Messe et l'oraison silencieuse, la Lectio Divina Chaque matin les moines se réunissent en chapitres afin d'échanger les nouvelles, commenter l'actualité, se concerter, faire une répétition de chant ou discuter de la liturgie monastique.

Horaires de la Trappe affichés dans le monastère  :

Le travail dans la vie monastique 

Les moines de Tibhirine vivent de leur travail agricole (leur domaine fait 12 hectares) : Frère Christophe était l'agriculteur du monastère et partait chaque matin au travail. En outre, Frère Amédée donnait des cours aux enfants du village et Frère Luc, tenait une consultation médicale dans le dispensaire du monastère. Les tâches les plus humbles sont les plus estimées, comme la cuisine, le ménage ou la lessive. La vie des moines reposait sur sept piliers évangéliques: célibat, prière, hospitalité, locaux (l'Abbaye), travail, église locale, entraide[34]. L'abbaye a enfin, selon la tradition monastique bénédictine, une hôtellerie qui accueillait les visiteurs désirant se ressourcer.

L'Amour fraternel, vie et raison d'être du Monastère 

«  Nos frères étaient le visage, le cœur, les mains de Jésus pour des musulmans, nos voisins, nos hôtes, nos frères  »

— Mgr Henri Tessier

L'accent est mis à Tibhirine sur l'Amour de Dieu et fraternel : Le Père de Chergé relate cette histoire des Pères du désert, qu'un moine rendit visite à saint Antoine lui disant que sa règle monastique était moins austère que la sienne : pourquoi donc était il plus célèbre que lui. Et Antoine répondit: « c'est que j'aime Dieu plus que toi ». Ainsi à Tibhrine l'accent était mis non sur l'ascétisme, mais sur l'Amour de Dieu et du prochain, jusqu'à la mort.

On trouve dès le début, à son arrivée à Tibhirine, dans ses notes, sous la plume de frère Christian, lorsqu'il relate sa « Nuit de feu », des accents semblables à celui de l'Hymne si célèbre à la Charité de Saint Paul dans l'épître aux Corinthiens : «  Les trois demeurent : la foi, l’espérance et la charité. Mais la charité est la plus grande. »( I Co 13, 1-7.)» :

«  C'est toi qui t'élances. J'accueille. Je ne demande pas la richesse; je ne demande pas la puissance ne les honneurs......Je ne demande que l'Amour qui vient de toi....Rien n'est aimable en dehors de Toi, et rien ne peut aimer sans Toi. Je veux T'aimer en tout. l'Amour est la source et l'œil de la religion. L'Amour est la joyeuse consolation de la foi.  »

— Christian de Chergé , « Nuit de Feu »

 

Les Chapitres de Tibhirine

Les moines de Tibhirine se réunissaient tous les matins en Chapitre pour commenter l'actualité, échanger les nouvelles, faire des répétitions de chant ou de liturgie. Cela constituait ce que Christian de Chergé appellait des « Mini-séries ». La règle de saint Benoît y est commentée en profondeur. À partir de 1986, Le Père Christian de Chergé prit en notes, d'une petite écriture serrée et très lisible, sur de grande feuilles A4, des résumés de ces Chapitres. C'est une sorte de journal quotidien de l'Abbaye, une méditation par jour, sur un mot, un concept, une phrase de l'évangile, de la Bible ou de la règle de saint Benoît, longuement commentée, une sourate du Coran, un apophtegme des Pères du Désert.

Ces chapitres de Tibhirine constituent aussi une source de réflexion sur les liens entre l'Islam et le Christianisme. Au Moyen Âge, des moines (Pierre le Vénérable et Hermann le Dalmate) avaient traduit le Coran et collecté des textes musulmans : c'est le Corpus de Tolède. Mais peu de religieux, avant le XXe siècle, n'avaient songé à comparer ainsi les deux religions, ni à prier ensemble.