Frère Luc

frere-luc dochier« Qu’est-ce qui peut nous arriver ?  D’aller vers le Seigneur et de nous immerger dans sa tendresse. Dieu est le grand miséricordieux et le grand Pardonneur. » (lettre du 05 01 1995)
« Il n’y a pas de vrai amour de Dieu sans consentir sans réserve à la mort….La mort c’est Dieu. » (lettre du 28 05 1995)

 

Frère Luc écrit, lui, ceci  : « c'est mystérieux. Pour ma mort, si elle n'est pas violente, je demande qu'on me lise la parabole de l'enfant prodigue et qu'on dise la Prière de Jésus. Et puis, s'il y en a, qu'on me donne un verre de champagne pour dire à-Dieu à ce monde… avant le Vin nouveau » - « Il n’y a pas de vrai amour de Dieu sans consentir sans réserve à la mort… La mort c’est Dieu.» (Lettre du 28.5.1995)

Dernières lettres de frère Luc

24 octobre 1994.
Chère Denise, cher Pierre. Hier, deux religieuses ont été assassinées à Alger. La situation devient de plus en plus violente et confuse. La misère s’étend comme de l’huile. Nous persistons à rester. Harcelé, je le suis, par les pauvres et les malades. Dans les cirques, les artistes travaillent sans filet. Je travaille, moi, avec la confiance de Dieu et une espérance aveugle. Je ne vous oublie pas. Priez pour moi maintenant et à l’heure de ma mort...

29 janvier 1995.
Bien cher Stagnara. Depuis quarante-neuf ans maintenant, je contemple le paysage des montagnes qui entourent le monastère. Pour combien de temps encore le verrai-je? La violence s’amplifie. Je vis toujours au milieu des écrasés de la vie. Comme le chantait Edith Piaf : "Je ne regrette rien..."

19 mars 1995.
Cher Pierre, chère Denise. Dieu m’a donné le loisir de voir les feuilles tomber à l’automne et de contempler aujourd’hui les amandiers en fleur. Que la nature est belle à la sortie de l’hiver. Mais la violence est toujours là, une violence aveugle. C’est parti pour une guerre de "cent ans". Il n’y a pas de véritable amour de Dieu sans un consentement sans réserve à la mort. Aujourd’hui, c’est un vieillard usé mais pas désabusé qui vous embrasse avec tendresse...

28 octobre 1995.
Bien chère Denise. Ici la situation est dangereuse et explosive. L’avenir incertain est plein de menaces. A l’approche de la mort (naturelle ou accidentelle), je ne cherche pas à être assuré de ma vertu mais seulement à savoir que Dieu seul est saint, que lui seul est bon. L’amour pour Dieu est infini, il ne fait l’objet d’aucun marché. Que Pierre veille sur nous...

Dernière lettre : 4 décembre 1995.
Cher Denise, cher Pierre (car il est toujours parmi nous). Nous avons un Président qui se succède à lui-même. Mais les problèmes ne sont pas résolus pour autant, la violence refait surface. Ma présence ici n’est pas nécessaire mais peut être utile. J’aurai bientôt quatre-vingt-deux ans, je suis malade du cœur et des poumons, mais tant qu’il reste un peu de jour, dans un contexte difficile, je me dois aux autres. Aussi, je ne peux quitter Tibéhirine. "Que ton règne vienne." Il ne faut pas rechercher ce qui est "sien"...