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Vivre au milieu d'un peuple

peupleTibhirine, c’est la méditation quotidienne de l’Évangile, traversée par cette espérance vive qu’il est une loi d’amour inscrite au cœur de tout homme.

 

« Les Algériens sont devenus notre prochain du fait que nous nous sommes rapprochés d’eux par vocation spécifique.
Tous, chacun à son tour et librement, nous avons traversé la mer pour cela, changé de rive.
Avec eux, nous avons fait route depuis plus ou moins longtemps.
Et puis tout s’est brouillé !
Notre prochain est devenu un peu comme ce prêtre et ce lévite pour qui le Samaritain n’était qu’un païen, un impur.
Au nom de la religion, certains n’ont plus vu en nous que l’étranger, l’impie dont il faut s’écarter (…).
Ceux là, disons-le, ils restent notre prochain.
Simplement, nous savons que nous ne pouvons leur imposer de nous voir comme tels.
Surtout, notre prochain a pris brusquement le visage d’un peuple, de tout un peuple qui n’a pas démérité, et que nous voyons blessé, meurtri dans sa dignité, dans son identité d’homme, de frère, de croyant.
Était-ce le moment de le quitter en changeant de bord ?
En repassant sur l’autre rive ?
Nous avons hésité un moment.
Beaucoup nous pressaient.
Laissons la parabole de ce jour nous redonner la réponse que nous avons sentie monter en nous et qui reste pour nous source de paix.
Nous faisons l’expérience d’être devenu nous même le PROCHAIN de ceux-là dont nous voulions être proches.
Parce que beaucoup nous ont vus menacés (…), blessés dans notre qualité d’hôtes, voici que tout autour de nous on traverse la route pour nous relever, nous protéger, nous encourager. »

L’Autre que nous attendons, Homélies du P. Christian de Chergé 1970-1996, Coll. Les Cahiers de Tibhirine n°2, Aiguebelle, 2006, p. 468.